06/01/2017

5.3.1 Analyses - Roger Caratini: Napoléon, une imposture

Roger Caratini, Napoléon une imposture, éd. L’Archipel, 2002

 

(p.406) La question sur laquelle les historiens militaires ont glosé depuis près de deux siècles a été reprise récemment avec subtilité par un historien belge contemporain, Bernard Coppens (dans le n° 10 de la revue La Patience, publiée à Bruxelles) qui a montré que la défaite de l'armée française à Waterloo provient non pas du fait que Grouchy n'avait pas été exact au rendez-vous et avait laissé échapper les Prussiens de Blücher (ce qui était une faute, certes, mais une faute tactique réparable), mais d'une méconnaissance grossière du champ de bataille de la part de Napoléon (ce qui était une faute stratégique impardonnable).

 

(p.407) Nous allons tenter ici, textes en mains, de montrer que la version traditionnelle de la bataille de Waterloo est une imposture, méticuleusement montée par les historiens traditionnels et compétents de Napoléon III et de la Troisième République, mais qui, motivés par un nationalisme ou un patriotisme (antiprussien, bien entendu) de mauvais aloi, s'étaient donné la tâche sacrée : 1° de réveiller l'enthousiasme patriotique et militaire des Français en exaltant les grandes victoires napoléoniennes, afin d'effacer les conséquences de la guerre avec la Prusse en 1870-71 ; 2° de leur faire oublier Napo­léon III, considéré comme l'assassin de la République, et de réveiller leur enthousiasme républicain, en opposant à ce « Napoléon le Petit » un « Napoléon le Grand1 » dont la « grandeur », en fait, est une impos­ture, comme nous tentons de le montrer dans ce livre. Les historiens scientifiques contemporains, issus de l'École des Annales ont, certes, remis les choses au point, mais les écrivains - parfois talentueux - qui « racontent» l'histoire dans le but de plaire à leur public ont per­pétué l'imposture du chef de guerre génial qui a trébuché à Waterloo parce qu'il avait été trahi par les erreurs de ses généraux (Ney et Grouchy en particulier). En fait, c'est lui, Napoléon, qui a commis deux graves erreurs, comme nous allons voir : l'une de livrer la bataille en sachant pertinemment que l'ennemi avait l'avantage absolu du nombre, l'autre de l'avoir engagée sans avoir pris sérieuse­ment connaissance du champ de bataille.

 

  1. Ce qui est un fabuleux contresens historique, perpétué par tous les manuels d'histoire à destination des écoles, collèges et lycées de la IIIe République.

01:30 Écrit par justitia & veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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