18/12/2016

5.3.3.2 Réactions contre le fanatisme napoléonien dans certaines 'compagnies' de marcheurs en Entre-Sambre-et-Meuse (chose inconnue ailleurs en Belgique et dans 7 autres pays d'Europe)

Cécile Bouchat, « En être », Les dessous identitaires d’un folklore, Approche ethnographique des Marches folkloriques de l’Entre-Sambre-et-Meuse, ULB, Centre d’anthropologie culturelle, 2007 

 

(p.36) Ce qui intéresse sans doute davantage notre réflexion, c'est le tournant que semble avoir représenté la conquête française dans la trajectoire des Marches : celui des « origines » au « folklore », selon l'auteur. Lorsque les Marches renaissent, au début du XlXe'"e siècle, elles portent l'empreinte de cette période : les costumes notamment, sans être des copies conformes aux uniformes napoléoniens, s'en rapprochent cependant. Dans de multiples aspects, les Marches se sont détachées de leur passé pré-folklorique.

Ceci explique pourquoi, de nos jours, la référence napoléonienne participe constamment au processus d'authentification. On y fait allusion pour justifier une évolution (par exemple, pour légitimer l'adjonction d'un peloton de vivandières à la compagnie) ou pour alimenter un débat («Des cantinières, des vivandières, c'est vrai qu'il y en avait du temps de Napoléon. Mais des femmes soldats, ça, ça m'étonnerait beaucoup ! »). Mais cette autre référence historique ne fabrique pas plus de consensus. Pour certaines personnes, l'épopée napoléonienne ne peut absolument pas être assimilée à la tradition puisqu'il s'agit d'histoire ! « Moi je dis toujours, les marches n'ont rien à voir avec Napoléon. C'est un accident de parcours. Pour moi, les compagnies Second Empire"', ce sont les vrais marcheurs. Les autres, les Premier Empire, ça devient de la reconstitution historique, ce ne sont pas des vrais marcheurs (...)» (marcheur). Dans ce propos, l'histoire et la tradition ne font donc plus route ensemble : la référence historique dénaturerait le folklore en le cloisonnant dans une période du passé. Les costumes dits « Second Empire » sont également nommés « costumes traditionnels », dans le sens où ils n'évoqueraient rien d'autre qu'une évolution spontanée de la pratique, où la seule correspondance est celle d'une population à ses coutumes.

 

 

17:16 Écrit par justitia & veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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